Tuesday 26 of October 2010

MEDIAS ET TERRORISME QUI VIT AUX DEPENS DE L’AUTRE ?

« Les médias sont l’oxygène du terrorisme, car ce que les terroristes recherchent avant tout, c’est la publicité. Or, plus l’acte est violent, plus la couverture médiatique sera forte. … ». Apparemment, cette assertion est très fondée, mais elle n’a pas été du goût de tout le monde le vendredi dernier au Centre Culturel Américain.

« Médias et terrorisme : du rôle central des médias dans le terrorisme et le contre-terrorisme », c’est le thème de la dernière sortie bibliographique de l’écrivaine américaine Brigitte L. Nacos. Dans cette œuvre, Brigitte Nacos fait comprendre quelque peu que les médias servent et entretiennent le terrorisme. Naturellement, cette parution fait des gorges chaudes dans les cercles de journalistes, puisqu’elle remet un tant soit peu en cause le rôle des médias traditionnels dans la diffusion de l’information.

 

Justement, au Burkina Faso, l’ambassade des USA par la direction de la Bibliothèque Martin Luther King, a organisé le vendredi dernier un débat sur le livre. Ce fut l’occasion pour quelques journalistes de connaître de son contenu et de discuter à bâtons rompus sur certaines allégations de l’Américaine.

Pour les communicateurs de ce jour, nous avions Newton Amhed Barry de l’Evènement et le capitaine William Combary, écrivain. Comme modérateur, un autre confrère, Abdoulaye Tao du journal Le Pays. Les deux présentateurs se sont penché chacun sur le livre mais tout naturellement, avec des points de vue assez divergents.   Si le Capitaine Combary soutient qu’en matière de terrorisme il est essentiel
de communiquer mais pas de  tout divulguer (au risque de servir le terrorisme), Newton Ahmed Barry soutient que le journaliste doit faire son travail : celui d’informer tout en gardant le recul nécessaire pour ne pas sortir de l’intérêt général. Pour ce dernier, le principe de la démocratie est de dévoiler l’information et ceux qui sont chargés de dévoiler l’information, c’est bel et bien les médias.

Les présentations des deux orateurs terminées, place a été faite aux contributions et questions des participants au débat. Des contributions, il y en a eu à foison dans les deux sens, c'est-à-dire, dans le sens de l’écrivaine comme dans le sens de ceux qui pensent comme Newton Amhed Barry. Pour certains, il faudrait au stade où nous en sommes, réinventer le journalisme. Ceux qui soutiennent cette thèse arguent que le journaliste par nature est celui qui parle des trains qui arrivent en retard et non des trains qui arrivent à l’heure (les chiens écrasés si vous voulez). Il faut selon ces journalistes revoir la manière de traiter l’information afin que le terroriste ne se serve plus des médias pour rendre plus sensationnelles les actions qui lui servent à faire pression sur des Etats, ne servent plus des politiques à défendre des idéologies et à gagner des sous. Quelques intervenants ont soutenu la thèse selon laquelle le terrorisme ne serait rien sans les médias. Pour d’autres, une seule question est à poser : comment informer sans servir le terrorisme ?

En réponse à ces contributions et questionnements, Newton Ahmed Barry a tenu à préciser que les médias ont toujours été le souffre-douleur des pouvoirs : «Quand ça va, y a pas de problème, quand ça ne va pas, allez ! Il n'y a rien à voir ! ». Pour lui, le terrorisme nous met dans ce même registre où l’on veut cacher la vérité aux populations. Ce qui est inadmissible en démocratie, car restreindre l’accès à l’information, c’est remettre aussi en cause les libertés. Pour le journaliste, le terrorisme n’est pas né à cause des médias. Bien avant que les médias acquièrent cette importance dans les sociétés, des groupes d’affirmation nationale et terroristes s’engageaient déjà dans de telles actions sans qu’il y ait de telle médiatisation. Par la suite, l’homme a précisé que certaines attitudes à restreindre l’information avec les affirmations telles que « les médias servent le terrorisme » doivent être balayées par le journaliste. Pour lui, le journaliste est un thermomètre, un tableau de la vie d’un pays. « Ce n’est pas parce qu’on casse le thermomètre que la température baisse. Ce n’est pas parce qu’on casse notre tableau de bord que la panne qui y est signalée va se réparer», ajoutera-t-il avant de conclure : « Les médias ne peuvent pas continuer à hurler avec les loups. Les médias sont des aiguillons du discernement pour ne pas sortir de l’intérêt général ». Une petite blague pour terminer,  « Cela ne veut pas dire qu’il faut donner une heure d’antenne à Georges W Bush et une heure à Ben Laden ! (rires)».

Le Capitaine Combary, lui, restera sur une veine plus militaire pour répondre aux interrogations. Pour lui, aussi nécessaire qu’il soit de communiquer, il ne faut pas répercuter les plans de riposte, les actions à mener contre les terroristes. On peut peut-être le faire mais bien après l’action, précisera-t-il.

Le pavé est d’ors et déjà dans la marre. Qui des deux (terrorisme et médias) entretient l'autre? La question mérite d’être posée.

De nos jours, plus de la moitié de l’actualité mondiale est liée au terrorisme. Toute chose qui fait dire à beaucoup que si le terrorisme n’existait pas, nous n’aurions rien à nous mettre sous la dent. Vivement alors un livre intitulé «Le rôle du terrorisme dans le développement des médias ».

 

- October 25, 2010 by Bala S. Sibiri

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Source: www.sanfinna.com/avuedepays4.htm (accessed on 26.10.10)